Douce ficelle – Nastasia Rugani

L’école des Loisirs fait partie de mon identité.

Petite, j’aimais surtout les tranches des romans qui me faisaient penser à des rangées d’allumettes, toutes prêtes à incendier la bibliothèque municipale. Puis j’ai appris à lire à l’aide de la collection Mouche. Je n’avais d’ailleurs pas compris Le hollandais sans peine de Marie-Aude Murail. Ma maman a pris le temps de m’expliquer, de rire de mes idées farfelues, et nous avons partagé plusieurs goûters chocolatés autour de ce roman. C’est un de mes souvenirs d’enfance les plus tendres. J’ai forgé mon caractère et mes goûts de lectrice grâce à la collection Neuf. J’y ai également pioché des idées de bêtises fantastiques qui m’ont values un nombre incalculable de punitions. Quand l’adolescence m’a frappée, je me suis refugiée au cœur des Médium afin de trouver le reflet mes propres noirceurs, de mes premières révoltes.

Je n’ai pas immédiatement compris pourquoi, après le bac, j’ai eu l’idée folle d’écrire un roman. Alors j’ai songé à l’école des Loisirs. J’avais l’impression que quelqu’un dans cette maison avait fait attention à moi durant toutes ces années, en me nourrissant de livres-doudous, de textes forts, politiques, poétiques, perturbants, mystérieux, drôles et insolents. Ecrire un Médium, un roman à insomnie, un roman impossible à céder à la nuit était ma façon étrange de dire merci.

Ce n’est qu’une fois mon premier manuscrit envoyé par la poste que j’ai appris le nom de mes bonnes fées, les faiseuses de miracles, les veilleuses de nuit. Geneviève Brisac et Chloé Mary.

Je souhaite à tous les auteurs d’un premier roman de recevoir une lettre de « presque » refus de Geneviève Brisac. Une lettre puissante et passionnée, qui raconte les qualités et les défauts avec sensibilité, parle de « fougue talentueuse », de « force littéraire », suggère des pistes sans jamais rien imposer. Une lettre comme une ficelle de cœur à cœur, comme la promesse de jours meilleurs.

Lorsqu’enfin j’ai rencontré Geneviève, je n’étais toujours pas parvenue à la convaincre. J’étais encore à l’université, indécise et pétrifiée par la peur d’être ridicule dans son petit bureau plein de livres. Des livres monuments. Tout à coup, elle a dit « vous y parviendrez, vous êtes un écrivain, cela ne fait aucun doute. » J’ai bredouillé « vous êtes sûre ? » Elle a souri et a répondu « j’en suis absolument certaine. »

Cette certitude a offert à ma plume un élan d’espoir puis un texte, puis deux, puis trois.

Je dois beaucoup à Geneviève et à Chloé, et dans ce beaucoup, il y a des bouquets de souvenirs d’enfance et d’adolescence mais surtout, il y a la littérature jeunesse, libre et belle.

Nastasia Rugani est auteure de trois romans à l’école des Loisirs dont « Tous les héros s’appellent Phénix », un roman qui lui a permis de dérouler sa ficelle jusqu’en Amérique du Nord.

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