Aux sujets du roi Arthur – Thierry Guilabert

Ou Arthur et les minilivres 

 Je n’ai jamais voulu écrire de livres pour enfants ou adolescents, mais je me suis toujours souvenu que les livres qui m’avaient troublé, transporté et que je gardais en moi depuis mon adolescence, étaient des histoires qu’on avait d’abord racontées aux adultes : l’île au trésor, le grand Meaulnes.

J’ai écrit des livres et j’ai eu la chance de rencontrer une éditrice qui soit prête à publier mes textes, qui ne les considère pas d’un style trop difficile ou traitant de sujets trop sérieux. Aussi, quand en décembre dernier Agnès Desarthe nous a annoncés la mise à l’écart de Geneviève, et même le refus de publier certains manuscrits dont les corrections étaient faites, le contrat signé, j’ai su que je faisais partie du lot des recalés.

Au-delà de la frustration de ne pas voir paraître le livre sur lequel j’ai beaucoup travaillé, que je pensais prêt à l’impression, c’est surtout le grand vide qui m’effraie. Comment trouver demain des éditeurs capables de s’engager aussi bien que Geneviève aux côtés de ses auteurs.

Je me souviens avoir été merveilleusement surpris les deux fois où je lui remis un manuscrit en disant timidement : « Je ne suis pas certain que cela corresponde à la collection médium, vous me direz. » de sa réponse enthousiaste, du travail de corrections qui commençait avec elle et Chloé, comme une partie de ping-pong, d’un côté la rue de Sèvres de l’autre l’île d’Oléron ma campagne océanique, qui à la fin déboucherait sur le meilleur livre possible, c’était sûr.

A présent c’est fini, l’Arthur m’a précisé les choses dans une conversation téléphonique. J’étais venu aux nouvelles après deux mois de silence… Il me fit un résumé désobligeant de mon roman qu’il n’avait manifestement que survolé, m’expliqua que L’Ecole des Loisirs avait fait quelques erreurs éditoriales sous la coupe de Geneviève, et que je faisais partie de ces erreurs, qu’il fallait des héros pour les jeunes, dans lesquels ils se reconnaîtraient. Sur ce bonsoir tout le monde et à la prochaine…

J’ai reposé mon téléphone en pensant : « Non mais quel c.. ! ».

Le courage, l’abnégation de Geneviève depuis vingt-sept ans, la qualité de ces choix dont certains sont devenus des classiques, on oublie, on range dans un carton, et on part à la recherche des super-héros des temps modernes, avec cape et baguette de sorcier si possible, à moins qu’on ne préfère les crocs de loup-garous ou les dents de vampires… Ce sera sans moi, je ne sais pas faire… Alors, Geneviève, s’il te plaît, dessine-moi une nouvelle maison d’édition.

P.S : « Camille et Antonio » qui devait paraître au printemps 2016 et que tu as sabré, Arthur, était un roman de résistance et aussi une tragédie à la façon d’Antigone (toutes proportions gardées bien entendu). Une jeune fille fuyait sa famille et se retrouvait au milieu des réfugiés de la guerre d’Espagne, elle faisait la connaissance du poète Antonio Machado, une rencontre qui devait changer sa vie. Oui je sais, pas facile, moins vendeur, peu de retour sur investissement. C’est plus confortable d’aller dénicher la traduction d’une trilogie de fantasy. Mais tu fais erreur, des éditeurs jeunesse qui cherchent la rentabilité à tout prix, il y en a des kilomètres. L’Ecole des Loisirs, c’était autre chose, pour moi, c’était un peu comme les Editions de Minuit en littérature adulte : ça ose ! Et avec Geneviève, ça osait.

Thierry Guilabert a publié une dizaine de livres, romans, essais, nouvelles, dont « La fois où j’ai écouté ma mère » en 2014 à L’Ecole des Loisirs.

Publicités