Elle couvrait un nid – Karen Hottois

Une feuille tombe, et c’est un grand désastre : elle couvrait un nid.  (Jules Renard)

J’ai envoyé régulièrement des textes à L’Ecole des Loisirs par courrier. Quand je recevais la lettre-réponse négative, celle-ci était toujours accompagnée de quelques belles lignes manuscrites. Les autres éditeurs ne font pas cela.

En 2014, j’ai envoyé à Geneviève Brisac un livre-monde, un livre-monstre, un projet sur lequel je travaillais depuis plusieurs années, aidée par la bourse découverte du CNL – projet que je savais difficilement éditable. Je voulais son avis, sa lecture, Geneviève Brisac m’a lue et écrit une longue et très belle lettre.

J’ai travaillé encore, cela m’a pris du temps.

Un an plus tard, j’ai envoyé d’autres textes à Chloé Mary. Dès le premier mail, celui qui accusait réception du mien, je savais que je serai lue avec beaucoup d’attention, il y a avait quelque chose de délicat dans nos échanges. Geneviève Brisac à qui Chloé Mary avait transmis mes textes souhaitait me rencontrer « pour parler de l’avenir » et me proposait de travailler sur l’un d’entre eux en particulier (il y avait des longueurs, un rythme à trouver).

Notre rdv a été repoussé. J’ai fini par comprendre…  J’ai parlé avec Chloé Mary au téléphone, elle était très affectée. Nous aurions fait une si belle rencontre.

« Mon cas » devait être réexaminé par Arthur Hubschmid. Chloé Mary lui a transmis deux nouveaux textes (en plus de celui qu’avait choisi Geneviève Brisac). 

Quand j’ai eu Arthur Hubschmid au téléphone, il m’a dit que mon écriture était digne des années soixante (ma mère avait dix ans dans les années soixante, j’étais encore loin d’être conçue, je n’ai pas de souvenir de ces années !), que mes personnages sont trop timides, trop bienveillants. Que tout cela était  bien gentil mais ne lui convenait pas. Il m’a aussi reproché de ne pas illustrer mes textes ! Mais moi, je ne me sens pas handicapée, j’écris entièrement, pleinement.

Arthur Hubschmid  n’avait pas encore lu le texte que Geneviève Brisac avait retenu. Je devais le rappeler. J’ai réfléchi, je ne le rappellerai pas.

J’ai été confortée dans ma décision à la lecture de ce blog, je me suis sentie moins seule en lisant que d’autres personnages « rougissant » étaient eux aussi écartés de la nouvelle ligne éditoriale.

Je pense à Pochée, ce livre de Florence Seyvos que j’aime tant. Dans une émission sur France Culture, j’écoute ce qu’elle dit de sa rencontre avec Geneviève Brisac qui a tout changé : « un chemin qu’elle a espéré et qui s’ouvrait ».

 Lorsque j’ai reçu le mail de Geneviève Brisac pour que l’on se rencontre, une fenêtre s’est ouverte. Elle m’avait vue (d’autres éditeurs ne m’avaient pas vue). Elle m’aurait accompagnée et attendue, j’allais pouvoir éclore.

Une fenêtre s’est ouverte. Aussitôt refermée.

Voici le lien de l’émission Hors-Champs de Laure Adler avec Florence Seyvos :

http://www.franceculture.fr/personne-florence-seyvos.html

Karen Hottois a publié deux albums aux éditions Mémo et Hélium. Elle est par ailleurs directrice de casting enfants et adolescents pour le cinéma.

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