Fantasticophobe – Maëlle

J’écris du fantastique.

Je ne peux pas faire autrement, c’est plus fort que moi.

J’ai bien essayé de faire des histoires réalistes mais elles finissaient toujours pas virer vers des terres de magie. J’aime inventer des mondes, créer des personnages prodigieux, sortir du carcan de la normalité.

Mais peut-être devrais-je commencer par le commencement.

Mon premier contact avec Geneviève Brisac s’est fait par téléphone. Ou plutôt par répondeur puisque je n’ai pas pu prendre son appel. J’ai écouté ce message d’un interlocuteur inconnu debout dans la rue sans trop y croire. La voix, douce et grave, tenait à peu près ce langage : 

Bonjour, c’est Geneviève Brisac. Écoutez, je viens de terminer à l’instant votre roman et je ne résiste pas à l’envie de vous appeler pour vous dire combien j’ai aimé. J’aime votre univers, votre sensibilité. Je veux publier ce roman et tous les suivants que vous me proposerez. Rappelez-moi. À très bientôt et merci pour ce beau roman.

J’avais les larmes aux yeux et un sourire imbécile sur le visage.

Nous ne nous sommes pas rencontrées tout de suite avec Geneviève. J’ai d’abord retravaillé mon texte pendant des mois jusqu’à ce qu’elle soit satisfaite et moi aussi, car chacun de ses conseils était judicieux, chacune de ses suggestions prouvaient sa qualité de femme de lettre. Elle et Chloé Mary pointaient du doigt les passages problématiques et je relisais en me disant Mais bien sûr ! Comment ai-je pu ne pas voir ce défaut !

Il s’agissait d’un roman d’anticipation fantastique.

Puis, notre travail achevé, relu par les yeux de lynx de l’adorable Sophie, imprimé et emballé dans sa belle couverture noire, nous nous sommes enfin rencontrées. Geneviève m’a accueilli chaleureusement dans son petit bureau où s’entassaient manuscrits et spécimens. Chloé était là, discrète et souriante. C’était un duo de femmes chaleureuses et avisées. Je leur ai parlé de mon prochain projet et elles ont parues emballées. Sitôt rentrée chez moi, je me suis mise à écrire. Quelques mois plus tard naissait un conte empreint d’héroïc-fantasy.

Ont suivi trois autres romans. Deux ont été publiés, un voyage sous-marin en compagnie d’un peuple dauphin ainsi que l’envol d’un garçon ailé. Le troisième était en bonne voie d’être achevé quand le couperet est tombé : Geneviève s’en allait de la plus désagréable des façons qui soit.

J’ai appris cela de loin. J’étais en Australie pour les vacances de Noël. Mais j’étais bouleversée. Comment était-ce possible ? Comment l’École des Loisirs allait-elle fonctionner sans l’œil avisé de Geneviève ?

Quelques mois plus tard, j’ai eu Arthur Hubschimd au téléphone. J’allais enfin savoir à quelle sauce mon roman allait être mangé. Malheureusement, il s’avère que Arthur est fantasticophobe, il n’aime pas mais alors pas du tout la magie sous quelque forme que ce soit. Outch.

Je n’arrêterai pas d’écrire du fantastique, il court dans les veines, il alimente mes rêves, il est mon carburant.

Je ne remercierais jamais assez Geneviève et Chloé pour m’avoir guidé dans l’écriture de ces romans.

Ce sont des sages-femmes.

Elles connaissent l’art de faire accoucher les esprits.

Maëlle est romancière et scénariste de bandes-dessinées. Elle a écrit quatre romans pour l’École des Loisirs, tous fantastiques et tous différents : un récit d’anticipation (Médium), un conte d’héroïc-fantasy (Médium), un voyage initiatique écolo (Médium) et une histoire de garçon ailé (Neuf).

Publicités