De l’inédit – Elisabeth Motsch

Autant que je sache, ça ne s’est jamais vu, en France, que des dizaines d’auteur(e)s d’une même maison d’édition s’expriment publiquement pour soutenir leur éditrice et s’insurger contre les méthodes patronales.

Je voudrais dire ici mon admiration devant l’énergie et le courage des premiers auteur(e)s qui ont dénoncé, dans la presse et sur le blog, les pratiques de la direction d’EDL et, par la même occasion, ont mis en péril leur propre avenir dans cette maison.

Geneviève nous a tous aidés, d’une façon ou d’une autre, et il était pour le moins normal d’être choqué par la façon dont elle a été traitée, normal aussi de la remercier pour tout ce qu’elle a fait. Mais tout aussi choquant fut la désinvolture avec laquelle des auteurs furent traités. Maltraités.

Nous sommes dans la nouvelle économie! On garde les vieilles habitudes et on exploite mieux. On est sympa, on se tutoie, tu plais, et du jour au lendemain, tu dégages.

Bien sûr, nous aimons notre travail, personne ne nous oblige à écrire. Mais au fait, que serait l’édition sans les auteurs, les créateurs?

Nous sommes des travailleurs, comme l’a rappelé Camille Laurens, mais pour nous, ni CDI, ni CDD, ni minimum horaire, ni SMIC, etc. Nous ne sommes même pas des intermittents. On nous prend, on nous jette. Sauf si on vend beaucoup. C’est la seule exigence. Le commerce.

Jusque là on était bien accueilli à l’Ecole des loisirs, on était effectivement dans une « famille ». Maintenant, si j’ai bien compris, il s’agit de plaire aux jeunes lecteurs et de vendre. Faisons un référendum -c’est l’époque- sur les choix spontanés de nos chers petits. Parions qu’il y aura du bon… et beaucoup de moins bon! Une petite initiation à la littérature, ce ne serait pas de trop, non? Une école, ça sert à quoi?

Je reviens à mon point de départ. Oui, je trouve très important et nouveau cette réaction collective. Je repense à ce film, Dalton Trumbo, où l’on voit comment des écrivains ont été blacklistés durant le maccarthysme et surtout les différentes réactions à cette chasse aux sorcières. Même avec le recul du temps, la gravité des circonstances, ça donne à méditer sur l’être humain, sa capacité à agir dans certaines situations, à s’engager pour défendre son voisin ou à balancer des discours généreux tout en gardant sa place au chaud.

J’entends aussi des arguments du type: Vous mettez la maison en péril. D’abord je pense qu’elle a des réserves, cette maison. Le fonds, on y a contribué! Ensuite et surtout : qui a créé tout ce désordre? Qui met en péril les emplois à l’EDL si ce n’est une direction qui chamboule un système qui fonctionnait et qui avait la réputation d’être exigeant sur la qualité? Qui a cru bon de jeter aux orties le travail d’une éditrice de premier ordre? Et puis, il y a peut-être du management à revoir? Il me semble que ce serait la première chose à examiner s’il y a des baisses de vente. Les dirigeants sont-ils de bons dirigeants?

Elisabeth Motsch

Elisabeth Motsch a publié de nombreux livres à l’Ecole des loisirs. Elle a aussi publié de la littérature pour les adultes chez Grasset et Actes sud. Elle va publier un livre chez Actes sud junior à la rentrée 2016.

Ce post est son deuxième sur La ficelle.

Advertisements