Les enfants au galop – Christophe Donner

Rencontrer ses lecteurs. C’est la soudure du chaînon, quand ça se referme, le livre, sur soi. A la fois le moment le plus pénible : prendre le train, entrer dans une école, rencontrer le directeur, les instituteurs, déjeuner pas toujours très bien, et en bavardant, et pour assombrir le tout, se dire qu’on ne mérite pas l’indemnité qu’on reçoit pour cette « rencontre avec les enfants ».

La dernière fois, c’était cool : à deux pas de chez moi, dans le 9ième. Parler de « Tempête au haras », à la fois le roman et l’album, la différence, lequel je préfère, me demandaient les enfants.

Est-ce que j’écris des livres « pour enfants » pour me retrouver devant une classe de trente filles et garçons qui me demandent pourquoi je fais ça, si c’est difficile d’écrire des livres, alors pour éviter les questions récurrentes, je parle, je prends le prétexte de la question la plus banale : « Où allez-vous chercher votre imagination ? » pour philosopher sur la vérité, la réalité, le réel. Continuer à lire … « Les enfants au galop – Christophe Donner »

Vous avez dit noir ? – Nathalie Kuperman

Le noir fait peur. Le noir fait trembler. Mais celui qui ne sait pas qu’il tremble dans le noir ne verra pas la lumière. Imposons des couleurs dans les yeux des enfants qui ont peur, promettons-leur des rêves auxquels ils n’ont pas accès, et nous en ferons des monstres. Pour voir le jour, il faut apprivoiser ses nuits. Et nous sommes là pour les aider. Non pour leur dire que tout est mort, et noir, et sombre, mais pour leur permettre de ne pas se sentir seuls s’ils traversent des moments où la vie leur semble dangereuse et pleine d’obstacles à surmonter. Rien n’est plus positif aux yeux des enfants qu’un enfant qui morfle et qui comprend quelque chose de sa douleur. Quitte à ce qu’il en passe par tous les états, qu’il appelle la magie à son secours, des personnages imaginaires, des sorcières, des dragons, des extraterrestres, tout ce qui peut l’aider à trouver une solution à son problème. L’humour est une excellente solution. Mais qu’est l’humour sinon une manière de s’observer avec distance dans des situations critiques ? Continuer à lire … « Vous avez dit noir ? – Nathalie Kuperman »

J’appelais ça ma cabane – Agnès Desarthe

Depuis plus de vingt ans, j’écris pour l’Ecole des Loisirs et l’Ecole des Loisirs me paie pour cela. Sur chaque livre vendu, mon éditeur touche un peu plus de 50% du prix de vente hors taxe tandis que moi j’empoche entre 5 et 8%. C’est normal, je n’ai aucun frais. Je ne me plains pas. Je pense à mes livres. Je lis ceux des autres. Parfois je les trouve magnifiques. Parfois ils ne me plaisent pas. Nous ne constituons pas un groupe – les écrivains sont peu grégaires – certains d’entre nous s’aiment, d’autres se tolèrent, certains ne s’apprécient pas du tout, mais tous nous nous retrouvons dans un lieu qui n’en est pas un, qui ne se situe pas rue de Sèvres, car c’est un lieu virtuel, une zone fabriquée par Geneviève Brisac, une femme, un écrivain, une visionnaire.

Au milieu des années 1980, elle a inventé une nouvelle littérature. Quelque chose qui n’existait pas en France. Des livres pour enfants qui n’étaient ni didactiques, ni bêtassons. Des livres qui comme ceux qui s’adressaient aux grands étaient avant tout des objets littéraires et donc des objets d’art. Continuer à lire … « J’appelais ça ma cabane – Agnès Desarthe »

Une affaire d’identité – Charles Castella

Une nouvelle (bien que datée) logique libérale et brutale paraît vouloir s’installer à L’Ecole des Loisirs. Elle semble ne plus tolérer ce qui risque d’échapper à son contrôle, d’où sa volonté de supprimer l’espace d’intelligence, de liberté et de création que Geneviève Brisac a su construire au fil des ans. Il s’agit maintenant de faire place nette en se débarrassant des auteurs qui ne seraient pas adaptés à la nouvelle demande (bien que datée) de feel-good stories, voir à l’époque. Si je comprends bien, un petit chef-d’œuvre comme « Pochée » de Florence Seyvos ne serait aujourd’hui pas publié parce que jugé trop triste et pas assez positif.

Plus qu’un changement de ligne éditoriale, c’est un changement d’identité qui s’opère dans « l’entreprise École des Loisirs ». Et l’identité en économie ce n’est pas rien.

D’après un ami économiste, la notion d’identité de l’entreprise pose trois questions philosophiques majeures : Qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? Où allons-nous ? Rien que ça. Continuer à lire … « Une affaire d’identité – Charles Castella »

Plaidoyer désespéré pour l’imagination (Billet 2) – Alice de Poncheville

11 minutes, c’est donc le temps qu’a pris M. Hubschmid pour me signifier qu’il ne prenait pas mon dernier manuscrit. Attention, un refus n’est pas un problème. Cela arrive régulièrement dans la vie d’un auteur, on est capable de le digérer. Mais vu la teneur de  « l’échange », il s’agissait aussi de mettre fin à une collaboration (15 ans, 14 romans).

Le ton était si glacial, que mon téléphone a attrapé un rhume. Il est toujours en convalescence.

Le manuscrit, c’était trois nouvelles fantastiques. Je suis mal tombée, M. Hubschmid déteste ce « genre ». Continuer à lire … « Plaidoyer désespéré pour l’imagination (Billet 2) – Alice de Poncheville »

« À CHARLY MOE », ou l’histoire des histoires – Gilles Barraqué

« L’École et rien d’autre, punaise, je veux l’École. ». C’était mon état d’esprit, quand j’ai envoyé pour la première fois un projet de roman rue de Sèvres. Je rêvais d’être un écolier des loisirs.

J’ai attendu cinq mois, sans proposer ailleurs ; le temps que Geneviève Brisac lise, sans doute après la transmission de Chloé Mary. « Je VEUX l’École ». Et puis Geneviève a lu. Huit jours plus tard, j’ai reçu un contrat d’édition. Avant même que j’apporte les inévitables retouches au texte. Belle histoire…

Celle du second roman paru à l’Edl m’a tout autant marqué. Ces bonnes fées m’ont invité à leur parler d’un éventuel projet. L’entretien, en substance :

« Barraqué :  Euh, voilà, j’ai cette idée, mais ça pourrait être un peu spécial, quoi…

Elles :  Même pas peur, allez-y ». Continuer à lire … « « À CHARLY MOE », ou l’histoire des histoires – Gilles Barraqué »

Travailler avec l’auteur, pas contre lui – Coline Pierré

J’ai envoyé mon premier manuscrit à une dizaine de maisons d’édition dont j’aimais le travail, l’École des Loisirs en tête du paquet. C’était la maison d’édition avec laquelle j’avais grandi, des albums que me lisait ma mère institutrice en maternelle à ceux de la collection Médium de la bibliothèque municipale que j’écumais, en passant par les abonnements annuels et les cadeaux d’anniversaires.

Je ne croyais pas réellement que mon premier roman pouvait être accepté par cette maison qui me semblait bien trop prestigieuse pour moi, mais après tout, être écrivain c’est déjà un acte de foi, c’est de la pensée magique. Alors pourquoi ne pas oser viser l’idéal ? Continuer à lire … « Travailler avec l’auteur, pas contre lui – Coline Pierré »